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Accord de paix entre dogon et peuhl dans le cercle de Koro : Ce que dit le document !

Signé le 28 Août 2018 à Sévaré par une trentaine de chefs de village représentant les communautés dogon et peuhl dans le cercle de Koro, cet accord a un but essentiel : mettre fin aux conflits intercommunautaires dans les différentes localités concernées dudit cercle.

Pour y parvenir, les deux parties signataires ont, d’abord, identifié et déterminé les causes des violences qui secouent le cercle il y a plus de deux ans. Ces causes sont relatives à des attaques et pillages répétitifs des villages et hameaux par des individus armés; aux assassinats ciblés de personnalités influentes ; aux vols massifs de bétails ; aux attaques des forains ; aux embargos sur certains villages, points d’eau, foires hebdomadaires et  commercialisation de certains produits (céréales, lait) ; à l’absence de l’Etat et des forces de défense et de sécurité dans la plupart des localités du cercle de Koro ; au sentiment qu’une communauté voisine peut s’associer à des groupes armés pour se venger contre l’autre communauté ; au sentiment de partialité de certains éléments des forces de défense et de sécurité ; aux frustrations dues à des conflits d’accès aux ressources naturelles intercommunautaires non ou mal résolus.

Pour mettre fin à cette situation, les parties s’engagent conjointement à lancer un vibrant appel aux combattants de leurs communautés pour un arrêt immédiat de la violence et à se référer aux autorités militaires compétentes en cas de menace ou d’attaque ; à condamner fermement tous les actes d’agression et de violence qui pourraient être commis par des membres de leurs communautés ; à s’opposer au vol/pillage de bétail quelle que soit la communauté du propriétaire ; à restituer les biens volés et identifiés à leurs propriétaires ; à sensibiliser les jeunes et les leaders d’opinion à s’engager en faveur de la paix ; à exhorter les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour la sécurisation des personnes et de leurs biens dans les zones concernées et dans toute la région de Mopti ; à appuyer les acteurs légitimes au niveau local pour trouver des solutions à l’amiable aux problèmes de cohabitation ; à assurer le suivi régulier de la mise en œuvre du présent accord ; à le vulgariser au niveau communautaire et à rendre compte de sa mise en œuvre de manière régulière auprès des communautés.

La part de l’Etat !

Dans cet accord, le rôle de l’Etat est éminent afin de restaurer et de renforcer la confiance entre les deux communautés. Il s’agit, surtout, d’œuvrer à apporter une aide alimentaire, des soins médicaux et une assistance humanitaire proportionnelle aux besoins à l’ensemble des communautés victimes de la crise dans le cercle de Koro. L’Etat doit non seulement réparer, construire et réhabiliter les infrastructures sociales de base (structures  sanitaires, écoles, points d’eau), mais aussi faciliter le retour des déplacés et réfugiés. Les parties signataires sollicitent également de l’Etat un appui au relèvement économique par le financement d’activités au profit du commerce du bétail, du transport, de la reconstitution du cheptel.

Elles chargent aussi l’Etat de la démobilisation des acteurs armés du centre du pays originaires de différentes communautés du cercle de Koro. « Un tel processus de démobilisation, de réinsertion et d’intégration permettra de récupérer un nombre important de jeunes qui alimentent la violence au nom des communautés, de répertorier et de récupérer les armes qui circulent dans la zone », peut-on lire dans l’accord.

La part du comité de suivi !

Pour assurer le suivi régulier de la mise en œuvre de cet accord de paix, un comité de suivi est mis en place. Il est constitué de treize membres désignés par consensus, représentant l’ensemble des chefs de villages dogon et peuhl des localités touchées par la crise dans le cercle de Koro. Il s’agit de dix chefs de villages dont cinq par communautés et trois représentants des communautés voisines. Ce comité à deux missions : faire le point de façon régulière avec les parties sur l’avancement de la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre du présent accord afin d’en renforcer la portée et enfin prévenir et gérer les différends entre les parties pouvant conduire au non-respect du présent accord.

En cas de manquement, aucune sanction n’est prévue à cet effet. L’accord souligne simplement : « En cas de manquement à l’application du présent accord, le comité de suivi proposera une série de sanctions pour y faire face. »

Le document déjà rejeté par des milices !

A peine signé, cet accord de paix a été rejeté par des milices qui veillent sur la sécurité des différentes localités concernées. Dans un communiqué, la milice Dan Nan Amassagou, a déclaré qu’elle est toujours dans la logique de sécuriser les populations et leurs biens dans tout le pays dogon.

Selon plusieurs témoins sous anonymat, cet accord est mort-né. Car aucune des milices des deux communautés n’est prête à rendre les armes. Joint par téléphone un habitant de la ville Koro sous anonymat précise : « Au moment où l’on signait cet accord à Sévaré, plusieurs autres villages dans la région de Mopti étaient encore sous le choc et cette situation ne donne pas de l’espoir. »

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