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Festivals : Business ou passion ?

Ils sont devenus au fil des années la vitrine de la riche et diverse culture malienne. Difficile d’en connaître le nombre, tant, des plus petits aux grands évènements, les festivals ont essaimé et ce dans toutes les régions du pays. Si la crise sécuritaire a mis à mal l’affluence des touristes, elle n’a pas eu raison de ces rendez-vous, que le public local a fini par s’approprier et qu’il maintient en vie. Organiser un festival est un casse-tête au Mali, confie volontiers un des acteurs, qui continue pourtant son aventure, bon an mal an. Que gagne-t-on à organiser un festival au Mali ? Que rapporte ce qui semble être un business qui fait tâche d’huile ?

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Il y en a dans pratiquement tous les coins du pays et le début d’année est en quelque sorte la foire aux festivals au Mali, s’amuse Abdoulaye Kéita, qui assiste en ce 22 janvier à l’ouverture du festival Ogobagna, qui célèbre depuis trois éditions la culture dogon. Le public, qui s’est déplacé nombreux, est varié mais composé essentiellement de Maliens et de Dogons arborant fièrement les tenues traditionnelles du terroir. « Les festivals font vivre la culture malienne et c’est une bonne chose qu’il y en ait autant », assure son camarade, visiblement étranger, qui découvre avec beaucoup d’enthousiasme les stands de produits artisanaux disponibles sur place. Le festival dogon est, avec la grosse armada déployée, un « festival à gros budget », comme le qualifie cet acteur culturel sous anonymat. Il en existe quelques autres, mais la très grande majorité des évènements de ce type sont encore en quête de croissance. Avec la crise, la mobilisation de ressources est encore plus difficile qu’auparavant, l’essentiel des finances provenant de partenaires locaux et étrangers, explique Fousseyni Diakité, du groupe Walaha, promoteur du festival Ciné à dos à Koulikoro.  A Ségou, où le Festival sur le Niger (FSN) fait vivre les berges du fleuve, la situation n’est guère différente. Attaher Maiga, chargé de la communication internationale du festival, déplore lui aussi le fait que « les problèmes que rencontrent les festivals, en dehors de la question sécuritaire, soient d’ordre financier. Il y avait auparavant de nombreuses organisations qui finançaient la culture, mais, depuis 2012, elles se sont retirées du secteur. On fait donc avec les moyens disponibles ».

Mobiliser le budget

Il faut de l’argent pour organiser un festival. Les budgets vont de quelques millions pour les plus modestes à des centaines de millions pour les plus importants. Pour mobiliser cet argent, les formules également divergent. Le ministère de la Culture n’ayant pas de gros moyens, au maximum 100 millions de francs CFA par an pour toutes ses actions, il ne peut accorder d’importants moyens financiers. « Notre appui varie entre 500 000 et 5 millions de francs CFA », affirme Yacouba Kébé, chargé de communication du département. « Nous les soutenons aussi en les appuyant auprès des partenaires ou encore en leur accordant un appui matériel sous forme de mise à disposition de salles, etc. ».

« Nous, nous avons commencé avec les apports des ressortissants du village », explique Fodé Moussa Sidibé, Directeur du Festival des masques et marionnettes de Markala, le Fesmama, qui est à sa 21ème édition cette année. L’objectif de ce festival était de « réhabiliter l’art des marionnettes, qui tendait à disparaitre. Cet art est lié aux associations villageoises, qui organisent deux fois par an des cérémonies pour faire des sacrifices, en prélude, puis à la fin des cultures. Ces célébrations avaient des coûts et les adhérents avaient du mal à continuer à les faire vivre. Les ressortissants ont donc cherché les moyens de prendre le relais, permettant que les groupes viennent, à travers les prix et les frais de participation, récolter de l’argent pour réaliser leurs cérémonies. Cela a permis de sauver ce rituel », assure M. Sidibé.

Une passion qui rapporte ?

« Penser organiser un festival pour gagner de l’argent, c’est déjà pervertir l’objectif premier de ce type de manifestation, qui est de faire connaître la culture et de participer au développement socio-économique des populations du terroir concerné », poursuit Yacouba Kébé. Pour illustrer cette conception de la chose, Fodé Moussa Sidibé du Fesmama ne manque pas de mots. « Markala est situé à 40 km de Ségou et était éclipsé par la capitale régionale, alors qu’il héberge le barrage qui permet de nourrir le Mali. Avec le festival, il gagne en publicité, en développement, il est connu avec autre chose que le barrage. Il a renforcé la cohésion des jeunes ressortissants, qui se réunissent pour l’organiser, mais a aussi amélioré la vie des habitants, qui accueillent les festivaliers. Aujourd’hui, les gens viennent, investissent, des hôtels (4) vivent grâce au festival, sans parler des maisons mises en location ». A Ségou, la population est plutôt satisfaite elle aussi des retombées du Festival sur le Niger, dont la 14ème édition se tient début février. Bandiougou Danté, Directeur de radio Saniya, se souvient des réticences au début de la manifestation. « Les gens pensaient que c’était contraire à nos valeurs, que les activités allaient créer de la débauche, etc… Mais, au fil des années, on a tous vu les bénéfices que la ville et les populations en tirent. Par exemple, l’assainissement de la ville, qui est nettoyée avant, pendant et après le festival.  Il y a aussi le sentiment de fierté d’être Ségovien qui grandit », explique-t-il .Sur le plan économique, on peut dire à l’en croire, que les Ségoviens ont touché le jackpot. « Tout s’achète et tout se vend pendant le festival, les affaires marchent bien. Les hôtels refusent du monde, les petits commerces prospèrent comme jamais, boissons, produits artisanaux, etc. Je connais un vendeur de café qui fait 500 000 francs CFA de recette par jour pendant le festival ! », s’enthousiasme-t-il. Sans parler des relations qui se tissent pendant le festival et qui aboutissent parfois à des voyages ou à la création de business. Selon les organisateurs de ce festival, les dépenses des festivaliers pendant les éditions de 2010 à 2012 ont généré plus de 2,5 milliards de francs CFA, tandis que chaque édition permet la création de 1 500 emplois.

Trop de festivals ? 

A plus d’une centaine d’évènements, dont la plupart se déroule en début d’année, difficile pour tous d’avoir des chiffres aussi importants. La multiplication des festivals a également pour conséquence la saturation du public, qui ne peut pas participer à des manifestations qui se tiennent au même moment à des centaines de kilomètres de distance. Cette problématique est prise en compte par le ministère de la Culture, qui travaille à l’élaboration d’un agenda culturel regroupant les activités les mieux structurées et organisées, de sorte que le public ait connaissance d’un programme coordonné des principaux évènements. Un plus également pour les partenaires (ambassades, fondations, sociétés internationales, etc., ndlr) qui auront ainsi une caution de sérieux de la manifestation avant de la soutenir. Pour suppléer le manque de financements du secteur, une banque de la Culture serait également en cours de montage, annonce Yacouba Kébé. Elle permettra de financer les festivals sur des critères (originalité, performance, retombées) connus, sur la base d’un partenariat public – privé. « Cela obligera les petits à se regrouper, mais aussi les plus innovants à proposer des idées autres que la danse et la musique, comme c’est encore trop souvent le cas », poursuit-il. En termes d’innovation, la relève semble assurée. Après les festivals de caricature, de cinéma numérique, se tiendra en mars prochain un festival dénommé Ciné Conte. Initié par Salif Berthé dit Oiseau conteur, il ambitionne de faire la promotion du conte, mais aussi de son usage comme source d’inspiration pour le cinéma, compétition à l’appui. Reste à boucler le budget d’une manifestation qui ne sera certainement pas la dernière à être ajoutée  à l’agenda culturel du Mali, pays de festivals.

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