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Présidentielle en 2018 : Alternance oui, mais comment s’opère-t-elle ?

Depuis quelques temps les voix se lèvent ici et là pour réclamer une alternance au pouvoir au Mali. Le projet est porté par un mouvement se disant insatisfait des bilans de nombreuses équipes politiques qui se sont succédées jusqu’ici à la tête de l’Etat depuis 1992.

Candidats

Selon les adeptes de cette conception, les solutions aux différents problèmes que le Mali connait aujourd’hui viendront des « hommes neufs » dont les noms ne sont pas associés à certains échecs qui interrogent la légitimité de plusieurs hommes politiques côtoyant la scène politique nationale des décennies durant, sans réussir à prouver leur efficacité après les mandats confiés par le Peuple.

Cette vision est devenue particulièrement populaire  après le coup d’Etat de mars 2012 au Mali qui a désavoué le processus démocratique au Mali.

Cependant, la crise malienne étant complexe, ce concept d’alternance doit être suffisamment muri pour garantir le changement de cap pour une gouvernance vertueuse au Mali.

Pour comprendre la profondeur de la crise malienne, il est nécessaire de trouver des repères historiques. L’accession du Mali à la démocratie dans les années 1990 et ses évolutions jusqu’au coup d’Etat de mars 2012 constituent une période de référence pour analyser les zones de turbulences que notre pays traverse.

Il faut rappeler que cette démocratie malienne a été présentée régulièrement à la face du monde entier comme un exemple dans la sous-région jusqu’au coup d’Etat du 22 mars 2012 qui venait à le remettre en cause. Deux questions fondamentales sont venues à l’esprit des « curieux » :

  • D’abord, comment en sommes-nous arrivés à un coup d’Etat dans un modèle de démocratie ?
  • Ensuite, qu’est ce qui a pu fragiliser l’Etat malien au point de s’écrouler de manière banale ?

En tentant de répondre à ces deux questions, il sera nécessaire de dire en quoi consiste la raison d’Etat. Sans vouloir donner un cours introductif de science politique sur le concept d’Etat, il faut dire que l’idée d’Etat se singularise par le fait qu’il a le monopole de la violence légitime.

En d’autres termes, il dispose des moyens de répression sur tout contrevenant à l’ordre public librement consenti. Des forces armées et de sécurité constituent cet appareil de répression.

Elles servent à contenir les menaces à la cohésion de l’ensemble national et défendent l’intégrité du territoire national contre toute agression.

En revenant au coup d’Etat de 2012, il faut savoir que les faits qui se sont produits ont prouvé l’existence d’un Etat malien failli. Il était vidé de sa substance et n’existait que de nom. Il a été incapable de contrer des menaces qui venaient à le remettre en cause.

Ceci témoigne par ailleurs qu’avant ces évènements de 2012, la mauvaise gouvernance dans les secteurs publics dont les forces armées et de sécurité a été le facteur le plus déterminant dans l’affaiblissement progressif de l’Etat.

La corruption, le bas niveau de la formation, la vétusté des équipements, la mauvaise gestion des ressources humaines, sont entre autres phénomènes qui ont rendu inopérantes nos forces de sécurité et de défense face à des menaces à contrer. Le manque de vision politique pour construire de manière efficace ces secteurs de sécurité et de défense vient s’ajouter au lot.

D’autres domaines vitaux de la nation comme l’éducation et la justice n’ont pas échappé aux mêmes vices. L’anarchie semblait se confondre à la démocratie. Telles sont les circonstances générales dans lesquelles le coup d’Etat du 22 mars a été perpétré.

En réalité, les effets de la situation politique en Lybie n’ont servi que de prétexte pour mettre à nu un Etat qui était déjà en lambeau.

Le débat qui fut suscité après le coup d’Etat sur un processus démocratique présenté désormais comme un échec.

En 1992, après le changement de régime, la plupart  des dirigeants du mouvement démocratique ont accédé au pouvoir. Cet état de fait semble avoir fait prendre un coup à la revendication démocratique. Les querelles de leadership se seraient substituées à la légitime préoccupation de créer un environnement social prospère à la vie démocratique.

Comme on le dit, un régime démocratique n’est pas synonyme d’une société démocratique.

Les organisations sociales et politiques qui ont vu le jour le lendemain de l’ascension du Mali à la démocratie ont été affaiblies par une crise de démocratie interne. Elle a entretenu des dissensions qui ont fini par la création de nombreuses nouvelles organisations fragiles.

Les réalités actuelles au Mali conduisent à croire que l’idéal démocratique a été détourné. Le Peuple semble avoir été instrumentalisé pour passer à un autre régime auquel, il n’a pas adhéré de manière consciente. Le souci majeur étant à l’époque de se mettre à l’abri des exactions d’un régime militaire.

De manière générale, les maliens croient peu en la démocratie aujourd’hui qui leur aurait servi plus  de désolation que d’espoir. Même s’ils sont considérés dans les discours officiels comme les revendicateurs de la démocratie.

La vie politique est boudée par une écrasante majorité des maliens qui préfèrent se consacrer à leurs propres affaires quotidiennes. La chose publique est une tromperie, pensent-ils pour un bon nombre.

C’est pourquoi, leurs comportements sont assimilables à une forme de désobéissance civile vis-à-vis de l’ordre public. La qualité de participation à la vie publique est assez médiocre.

Le rêve d’une démocratie présentée comme une panacée aux contraintes d’alors n’a pas été réalisé. Les améliorations attendues dans notre système de gouvernance n’ont pas vu le jour.

Au contraire, les maux décriés hier, restent d’actualité et ont été aggravés pour certains d’entre eux.

La loi a accordé tous les droits aux citoyens et édicté de grands principes de l’Etat démocratique. Paradoxalement, cette loi supposée être l’émanation du Peuple, se trouve non seulement méconnue mais aussi allègrement violée. L’impunité face à ces violations de loi a concouru à faire prévaloir des intérêts privés face à l’intérêt général qui semble ne plus avoir de défenseur.

Ce qui explique, après plus de deux décennies de pratique démocratique que les droits à la sécurité, à l’éducation de qualité, à l’emploi, à la santé,  au logement, à une alimentation saine, à l’eau, à l’électricité,  constituent des luxes pour la plupart des citoyens maliens.

Dans ce contexte de double crise de citoyenneté et de légitimité étatique, quelle place pouvons-nous faire à l’idée d’une alternance au pouvoir ?

Vu les frontières qui s’érigent entre l’Etat et la société, il y a lieu de conclure un nouveau pacte social issu de discussions nationales très inclusives. Il ne s’agira donc pas comme nous avons l’habitude de le voir, d’organiser des concertations directement à l’échelle nationale par un système de représentation. Mais d’évoluer selon un schéma pyramidal qui va de la base vers le sommet.

Cette approche aura le mérite de connaître les véritables et légitimes préoccupations d’une frange majoritaire de la population qui se sent de nos jours abandonnée à son sort. Le sentiment d’appartenir à la même nation qu’elle fera naître, éveillera à son tour un sursaut patriotique et citoyen en faveur de toute la nation.

Les difficultés que l’Etat malien tente de surmonter de nos jours prennent leur source dans ce déficit de discussions étendues à toutes les sensibilités de la nation.

Les concertations initiées sur le problème du nord et le processus de décentralisation dans notre pays n’ont pas permis de traiter toutes les insuffisances de notre système de gouvernance, qui sont à la base de la crise politique de 2012.

La réalité d’un malaise social et d’un Etat déliquescent avant les évènements de mars 2012 comme nous l’expliquions ci-dessus, est incontestable.

C’est pourquoi, pour juguler la crise de l’Etat, il faut établir un dialogue direct, sincère et fécond avec le Peuple pour l’amener à dire avec raison et cœur ce qui le préoccupe dans la gouverne collective.

Ce contact sans intermédiaire refondera la gouvernance sur les grandes conclusions qui viendront des populations elles-mêmes. Ainsi, l’Etat retrouvera toute la légitimité nécessaire à son fonctionnement efficace et la société pouvant désormais identifier clairement le rôle qui lui revient de jouer pour le maintien du système de gouvernance. Le travail politique étant reparti, il faudra alors le « consensus » sur les voies et moyens de sortie de crise.

Tel est l’unique itinéraire pacifique pour obtenir l’alternance au profit d’un Etat fort par la grâce d’un engagement citoyen plus affirmé pour un Mali stable, prospère où il fera bon vivre.

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