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Au Mali, des investisseurs privés à la rescousse de projets humanitaires En savoir plus sur

A picture taken on April 24, 2015 shows lower-limb prostheses and crutches of disabled children at the Comprehensive Rehabilitation Services Uganda (CORSU) in Wakiso. AFP PHOTO/ ISAAC KASAMANI / AFP PHOTO / ISAAC KASAMANI

Un nouveau centre de soins à Mopti, qui devrait voir le jour en 2018, bénéficiera d’une contribution belge de plusieurs millions d’euros adossée à ses performances.

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Au cœur de Bamako, le Centre national d’appareillage orthopédique national du Mali (CNAOM) semble être une sorte de refuge pour les plus malchanceux de ce pays parmi les plus pauvres au monde. Quelques pleurs d’enfants traités par des kinés pour des problèmes neurologiques ne troublent pas des adolescents mutilés qui s’exercent à marcher avec leur nouvelle prothèse ou de vieilles dames qui attendent patiemment une consultation. Ces locaux étroits que rafraîchissent difficilement des ventilateurs poussifs pourraient pourtant devenir les hauts lieux de l’innovation technologique, financée par un mécanisme tout aussi inédit.

« L’obligation à impact humanitaire » (HIB selon l’acronyme anglais) est sortie de l’anonymat en janvier 2016, lors du World Economic Forum, quand le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le ministre belge de la coopération, Alexander De Croo, ont signé un accord visant à aider des handicapés africains. En Afrique, de 10 % à 15 % seulement de ceux qui auraient besoin d’une prothèse, d’une orthèse ou d’une chaise roulante peuvent en bénéficier. Au Mali, certains doivent faire deux jours de voyage pour rejoindre le CNAOM. Trop coûteux, trop difficile pour le plus grand nombre.

Réputé ultralibéral, le ministre De Croo s’est enthousiasmé pour le mode de financement du projet : des investisseurs privés sont mobilisés pour investir dans les HIB. Une sorte d’avance de fonds qui leur apportera un dividende (jusqu’à 7 %) si les objectifs humanitaires sont atteints – des « indicateurs de résultat » sont préétablis – ou leur coûtera jusqu’à 40 % de la somme investie si le projet capote. La couverture du « risque » étant assurée par le ou les Etats participants.

Le Royaume-Uni, la Suisse, l’Italie figurent parmi les autres donateurs « traditionnels » qui acceptent déjà le principe de rembourser une agence de pilotage, laquelle versera ensuite l’argent aux privés, essentiellement des compagnies d’assurance et des banques à ce stade.

« Ce changement nous poussera à bien travailler »

Au Mali, l’objectif est de créer un nouveau centre à Mopti, dans le centre du pays. Il devrait couvrir une immense zone peuplée de 2,4 millions de personnes, dont 36 000 attendent d’être aidées. Si le centre tourne à sa capacité maximale, il ne pourra toutefois accueillir que 2 000 patients par an. Les plans sont prêts, l’institution devrait ouvrir en 2018 et bénéficier d’une contribution belge oscillant entre 2,7 et 7,4 millions d’euros – en fonction des performances. Il restera à atteindre le résultat, visiblement ambitieux, fixé au préalable.

Novateur, permettant de combler la baisse des ressources de la Croix-Rouge internationale (1,4 milliard à l’heure actuelle), le mode de financement pose cependant quelques questions, y compris au sein de l’organisation. Evoquer des « résultats », des « objectifs » et des « évaluations » dans le domaine humanitaire heurte quelques consciences. M. De Croo ne craint pas, pour sa part, d’affirmer que « l’on n’est pas un bon ministre quand on dépense beaucoup d’argent, et un mauvais quand on privilégie les résultats ». Le CICR assume également son virage, évoquant l’extension du système à des projets plus vastes, dans le domaine sanitaire notamment. « En tout cas, ce changement nous poussera à bien travailler », explique un artisan malien du projet.

Bamako pourrait être aussi le lieu d’une innovation technologique : la fabrication de prothèses à l’aide d’une imprimante 3D. Handicap International, aidé par le Centre universitaire belge Thomas-More, pilote depuis quelques mois un projet qui pourrait s’avérer bénéfique pour aider davantage de handicapés, et notamment des enfants. La technique, si elle s’avère concluante, permettrait aussi de répondre au problème de l’isolement de patients vivant dans des zones trop lointaines, ou trop dangereuses. Quatre centres 3D devraient idéalement être créés dans la zone sahélienne.

 

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