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Au Mali, 6 manières de faire face aux changements climatiques

Au Mali, la saison des pluies est durablement perturbée par la crise du climat. Ces changements affectent en particulier la période des semis, cruciale pour la réussite des cultures. L’agriculture paysanne cherche des solutions pour s’adapter.

M’Pe Ballo dit « Boureima » est chef d’antenne pour la région de Mopti au Mali de l’association Amassa Afrique Verte, (Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires), soutenue par le CCFD-Terre Solidaire de longue date.
Il explique comment l’association accompagne les paysans pour adapter leurs cultures et leurs pratiques aux évolutions climatiques.


Faciliter les échanges locaux

La région de Mopti comprend deux zones bien distinctes : le delta du Niger et du Bani, inondé et dédié à la riziculture, et des territoires plus arides, consacrés à la culture de céréales « sèches » telles que le mil, le sorgho et des légumineuses. L’association travaille à faciliter les échanges entre ces deux zones grâce à la création et au regroupement de coopératives.
Les zones qui ont des excédents de grain approvisionnent des coopératives chargées de les commercialiser dans les zones déficitaires voisines. Cela évite aux paysans sans moyens logistiques de brader leur récolte à des commerçants sans scrupules.

« Pour renforcer leur poids commercial, nous avons récemment procédé à un regroupement de douze coopératives en une “union”. C’est la troisième du genre à ce jour. Ensemble, elles totalisent près de 2 350 membres, dont 43 % sont des femmes.
Nous les faisons connaître auprès des commerçants locaux, qui achètent désormais le mil à Mopti, alors qu’avant ils allaient jusqu’à Ségou pour s’approvisionner. »

Favoriser la recherche locale sur les semences

Grâce à un projet soutenu par le CCFD-Terre Solidaire et l’Agence Française de Développement (AFD), [1], la recherche malienne a mis au point des variétés de semences améliorées. Pour résister aux nouveaux aléas climatiques peu prévisibles, les semences sont traitées par la technique Apron Star, qui consiste à les enrober d’un fongicide et d’un insecticide répulsif.

« Un procédé chimique protège la graine pendant une quarantaine de jours, à la fois d’un possible excès d’humidité s’il pleut beaucoup, mais aussi de la convoitise des insectes en cas de déficit hydrique, si les premières pluies se font attendre. Les chances que les semis lèvent sont considérablement augmentées.
Le traitement, qui peut s’appliquer sur les semences conventionnelles ou paysannes est très apprécié par les producteurs. Avec un sachet de préparation coûtant 1 000 FCFA, ils peuvent préparer quatre kilos de semences, de quoi couvrir un hectare. » [2]

Produire et commercialiser localement les semences

Pour accroître leur autonomie et ne pas avoir à acquérir les semences couteuses auprès des grandes firmes, les cultivateurs ont été incités par Amassa Afrique Verte à produire localement les semences améliorées.

« En 2012-2013, seulement dix cultivateurs « volontaires » ont accepté. Constatant leurs gains de productivité, ils étaient 210 en 2016, pour une production de près de 700 tonnes de semences traitées.
L’accompagnement que nous offrons aux producteurs de semences pour leur commercialisation est une nouveauté. Cela leur assure un meilleur revenu, et une augmentation de la disponibilité des semences dans la région. »

Favoriser la fertilisation naturelle et non chimique

Les intrants chimiques finissent par dégrader la qualité des sols, accentuant leur fragilité aux à-coups du climat, sécheresses ou pluies torrentielles.
Le recours à des fumures organiques, préparées localement, permet de doper les récoltes en respectant l’environnement. La fumure organique enrichit le sol en humus et accroit sa fertilité. Elle favorise aussi une meilleur retenue de l’eau dans le sol.

« Ces pratiques — fertilisation naturelle et traitement Apron star — ont permis que le rendement maximum des parcelles a bondi en moyenne de 750 kg à 1 800 kg par hectare (kg/ha).
Dans le Cercle de Koro un cultivateur nommé Oumar Ansègué Togo s’est taillé un franc succès en parvenant à la performance exceptionnelle de 2 400 kg de mil par hectare, pour un chiffre d’affaires de 785 000 FCFA [3]— un vrai coup d’éclat dans la région ! ».

Une appli météo pour prévenir les paysans des risques de pluie

Le séchage des grains se fait normalement à l’air libre, ce qui le rend vulnérable aux aléas climatiques.

« Nous avons établi un partenariat avec Orange Mali, pour que les cultivateurs soient informés par texto des alertes localisées sur le risque de pluie. Les familles peuvent désormais couvrir à temps les aires de séchage de mil, de sorgho ou de maïs. »

Réduire la consommation domestique d’énergie et de combustibles

Nous avons lancé la production de foyers améliorés en banco (boue séchée) “multi-marmites” : il est possible de disposer trois marmites à la fois, avec un unique orifice pour le combustible, ce qui accroît leur rendement.
L’utilisation du bois est réservée à l’hivernage, pendant la saison des pluies. En dehors de cette période, les foyers brûlent les tiges de mil, de riz de la récolte précédente ainsi que des bouses séchées.

« Résultat, la facture de bois est tombée de 1 000 FCFA à 400 FCFA par jour. Une centaine de femmes ont déjà été formées à la promotion de ces équipements, qui ont en outre l’avantage d’être portables ».
À raison de 2 000 FCFA pièce, elles en ont vendu près de 150 unités de foyers améliorés pour la première année, et la demande croît.

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