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Propagande séparatiste au Mali : un documentaire TV crée la polémique

23 mai, je reçois un mail alarmant de mon ami Amkoullel l’enfant Peulh, précurseur du mouvement Rap / Hip-Hop au Mali et désormais directeur d’une chaîne de TV locale. Amkoullel m’explique qu’il a été manipulé par une réalisatrice du nom de Johanna Schwartz, manipulation également dénoncée sur sa page Facebook. Il l’avait reçue en 2013 – 2014 à Bamako en pensant qu’elle défendait sa cause : celle d’un Mali uni et apaisé.

Amkoullel l’enfant Peulh (Amkoullel EZ Ba)

Amkoullel, que je connais depuis bientôt une dizaine d’années et avec qui j’ai travaillé (Case Sanga II sur Africable en 2008) a, comme chacun d’entre nous, des défauts. Mais il possède une qualité essentielle parmi d’autres : son intégrité intellectuelle. Je l’ai vu quitter des plateaux TV parce que des promesses n’avaient pas été respectées, je l’ai entendu crier à la malhonnêteté face à des personnalités qui pourtant auraient pu l’aider à accroître sa fortune ou sa notoriété. En 2013, tandis qu’il cherchait à venir en France pour parfaire sa formation, le visa lui a été refusé comme d’ailleurs à Aminata Traoré. Alors qu’il voyageait régulièrement dans l’hexagone avant cette date, cette fois ci mon beau pays de la liberté jugea qu’il constituait un danger car Amkoullel a une grande gueule : il dénonce sans peur les manipulations médiatiques et géopolitiques venues de l’extérieur. Amkoullel est alors parti deux ans à New-York car les USA d’Obama avaient compris qu’il est valeur ajoutée. Pour lui, l’intérêt collectif et de la parole donnée figurent certainement parmi ses priorités.

Alors, lorsqu’il m’a interpellée, j’ai décidé de me pencher sur l’objet de sa colère. J’ai regardé le documentaire : « They will have to kill us first » ou « Ils devront d’abord nous tuer », diffusé par Canal+ Afrique tandis que j’étais justement à Abidjan. J’ai manqué le début et je dois dire qu’au départ, je n’ai pas compris sa colère : portraits d’artistes exilés, belles images pleines d’espoir de retour à Tombouctou… Et puis, petit à petit j’ai compris. Johanna Schwartz a distillé des paroles dangereuses tout au long du documentaire. Des paroles et des images. J’ai manqué les dix premières minutes de la diffusion, mais pourtant l’introduction en dit long sur le message de la réalisatrice. Voyez vous-mêmes ces deux copies d’écran envoyées par Amkoullel :

Le message est clair : vive la séparation du Mali ! nous dit la réalisatrice. Derrière de belles images de peuples en mal de fraternité, on y entend des responsables du MNLA qui, cachés à Ouagadougou, proclament leur légitimité. Johanna Schwartz parvient à nous faire croire que le peuple touareg tout entier est rangé derrière les sombres desseins des séparatistes. Il faut être fin limier en géopolitique pour comprendre son message subversif, car même des maliens engagés pour la paix ont d’abord acclamé son travail, avant de comprendre la manipulation. D’ailleurs, je pense même que la programmation de Canal+ n’a pas su déceler la double lecture du message de l’imposture, car il est un fait que cette chaîne n’a jamais diffusé de propagande séparatiste avant cette date. La réalisatrice, sous couvert d’un joli reportage relatant les difficultés des artistes, a trompé tout le monde. Elle parvient à nous faire croire que l’Azawad est un territoire touareg légitime !

Son documentaire a fait le tour du monde et je crois même qu’il a reçu des prix. Quelle tristesse, quand on pense à ce peuple dont une large majorité se bat pour l’union et l’intégration ! Quelle fourberie, quelle saloperie que de diffuser des messages aussi dangereux dans un contexte de guerre nullement apaisé !

Alors, si je dispose bien d’un tout petit pouvoir, c’est celui d’être connectée avec la majorité des femmes et des hommes de médias qui font le paysage audiovisuel d’Afrique subsaharienne francophone. Mesdames et messieurs qui me lisez, voici un cri du coeur et de la raison : boycottons ce documentaire pernicieux ! Partageons l’info ! Usons de notre petit pouvoir pour contre-balancer les opinions divisionnistes de quelques-uns et porter ensemble le véritable message du peuple malien : Unité !

Hérémakono… Mali Kadi gné…

 

Séverine LAURENT
Media & Communication Senior Consultant – Africa

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